5G ondes électromagnétiques

TÉLÉPHONIE : UNE LOBBYISTE POUR RÉGULER LE SECTEUR

Emmanuel Macron a nommé à la tête de l’Arcep – le gendarme des télécoms – une ancienne cadre de chez Orange devenue députée, qui s’est illustrée à l’Assemblée par son soutien indéfectible aux opérateurs téléphoniques…

«Les opérateurs ont pleinement conscience des enjeux environnementaux et de leur rôle au soutien de la transition écologique et dans la lutte contre le dérèglement climatique. Les réseaux fixes et mobiles constituent un formidable outil au service de la réduction des émissions de gaz à effets de serre de nombreux secteurs et de l’activité humaine au sens large.» Le petit monde de la téléphonie mobile a pondu ce texte après avoir signé, attention les yeux, une «Charte pour un numérique sobre en carbone et en ressources naturelles finies». C’était en décembre 2021, tout récemment, donc.

Aussi, la question est-elle la suivante : comment osent-ils encore écrire de tels bobards, alors que les dégâts écologiques de cette industrie sont désormais largement documentés ? Aux dernières nouvelles, le numérique consomme 10 % de l’électricité mondiale, mais, jour après jour, en réclame toujours plus. Ainsi, dès 2025, le secteur pourrait engloutir 20 % de l’électricité mondiale ! Il représente par ailleurs près de 4 % des émissions de gaz à effet de serre et, alors qu’il faudrait les faire baisser de 5 % par an pour tenter de respecter l’accord de Paris, elles augmentent de 8 %.

TORPILLEUSE D’ABEILLES

Pas de panique, répondent les opérateurs signataires de la charte : ils «mèneront des actions volontaires et ambitieuses» pour corriger tout ça… Et nul doute que l’Arcep (1), qui s’est vue confier une mission de régulation environnementale du numérique, saura se montrer intraitable. Dans cette perspective, le président Macron, chef de la start-up nation, a nommé, en janvier dernier, Laure de La Raudière à la présidence de l’institution.

Cadre chez France Télécom (puis Orange) avant de devenir députée UMP (puis LR) d’Eure-et-Loir, elle s’est notamment illustrée lors du vote de la loi Abeille, qui tentait de réguler un peu le secteur de la téléphonie en prenant notamment en compte les effets sanitaires des ondes électromagnétiques.

Laure de La Raudière avait alors déployé toute son énergie, à l’Assemblée, pour torpiller le texte. «J’ai donc déposé des amendements que j’ai rédigés moi-même (en commission et en séance) et d’autres qui m’ont été envoyés par les opérateurs», avait-elle expliqué en 2014, assumant visiblement de n’être qu’une courroie de transmission des desiderata de l’industrie. Notre banquier de président l’a bien compris : rien de tel qu’un·e lobbyiste pour réguler son secteur !

Nicolas Bérard

Cet article est extrait du numéro de février 2022 du mensuel
L’âge de faire.
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