Le jour d’un procès contre l’Agence des fréquences, le lanceur d’alerte Marc Arazi a découvert les pneus de sa voiture crevés. La veille, c’est son chien qui s’était effondré.

Nogent-sur-Marne, petite ville huppée de 32.000 habitant·es située dans le Val-de-Marne, n’est pas réputée pour ses faits divers. Même BFM-TV ne parvient pas à y filmer la moindre poubelle en feu, c’est dire. Marc Arazi (photo) peut témoigner de la tranquillité du lieu : il y est installé depuis dix-huit ans, et n’y avait pas subi ni observé le moindre acte de vandalisme jusqu’à très récemment. Il ne vit pourtant pas caché : lanceur d’alerte du scandale du «Phonegate», il a aussi pris part à deux campagnes électorales contre l’indéboulonnable maire Les Républicains, Jacques J.P.Martin, réélu sans discontinuité depuis 2001. Mais aucune intimidation à déplorer, aucun délit à dénoncer. Jusqu’à ce vendredi 14 décembre 2018 où il découvre que les quatre pneus de son vieux Renault Espace, garé à 50 mètres de chez lui, ont été crevés.

Ça tombe mal, car ce jour-là, Marc Arazi doit justement se rendre à une audience au tribunal administratif de Melun, devant lequel il attaque l’Agence nationale des fréquences (ANFR), pour la sommer de rendre publics certains documents. Or, ces documents sont du genre sensible : ils pourraient montrer que l’ANFR avait connaissance de la dangerosité de la plupart des téléphones portables mis sur le marché, mais n’en a rien dit. Si tel était le cas, cela mettrait en cause la probité de l’agence, mais aussi la responsabilité de l’industrie de la téléphonie mobile. Pas un petit truc, donc…

RETRAIT DE 240 PORTABLES

D’autant que le travail des associations, notamment Alerte Phonegate dont Marc Arazi est le président, a déjà fait bouger les lignes. Ainsi, alors que les industriels semblaient pouvoir commercialiser leurs téléphones en toute impunité, l’ANFR paraît désormais un peu plus sourcilleuse sur le respect des limites réglementaires du DAS (débit d’absorption spécifique, qui indique le niveau d’ondes émis par votre cellulaire). Un premier téléphone a été retiré de la vente en avril 2018 et, depuis, neuf autres ont fait l’objet d’un retrait ou d’une mise à jour destinée à faire baisser leur DAS. Mais voilà que Marc Arazi réclame encore plus de transparence de l’ANFR et le retrait (ou la mise à jour) de 240 autres téléphones, qu’il suspecte de ne pas respecter les normes !

Cela expliquerait-il les pneus crevés de sa voiture ? En tout cas, son véhicule a été le seul à avoir été vandalisé ce soir-là, lui a indiqué la police municipale de la commune. D’ailleurs, la veille au soir du procès, il avait déjà eu la mauvaise surprise de voir son chien s’effondrer subitement après une petite promenade dans le jardin. L’animal, qui n’est pas mort, aurait vraisemblablement été intoxiqué, a avancé le vétérinaire. Une plainte a été déposée contre X.

«On n’a pour l’instant aucun indice, autre que les éléments de « timing », prouvant que ces événements seraient une tentative d’intimidation liée à nos actions. Mais c’est tout de même très troublant…»

Marc Arazi

Le tribunal de Melun, de son côté, a donné raison à l’ANFR : à ce jour, l’agence n’est donc pas contrainte de rendre publique les versions complètes et originales de ses études.

Nicolas Bérard

Une pétition en ligne permet de soutenir la demande de retrait des 250 téléphones portables jugés dangereux : cliquez ici pour y accéder.

Cet article, en accès libre, est extrait du dernier numéro du journal indépendant L’âge de faire. Pour soutenir notre travail, pensez à vous abonner !