5G smart life

PLUS JAMAIS SEUL·E ?

Les nouvelles technologies nous permettent d’être toujours en contact les uns avec les autres. Doit-on s’en réjouir ?

Pendant les confinements, le discours était (quasi-)unanime : merci le numérique, qui a permis, via Zoom et autres applications du même type, à papi et mamie de voir les petits enfants par écrans interposés. Merci les webcam, donc, merci les connexions ultrarapides, renforçons les réseaux, lançons la 5G, merci les ordis de bureau, les tablettes et les ordiphones, merci, merci ! Et à vrai dire, même les opposant·es à ce monde 2.0 avaient du mal à aller à l’encontre de ce tsunami de louanges.

Dans son dernier ouvrage (1), Hervé Krief, qui s’était fait connaître avec la publication de Internet ou le retour à la bougie, n’hésite pas à argumenter contre cette idée. L’absence de l’autre n’est pas forcément joyeuse, mais n’est-elle pas parfois nécessaire ? Ne faut-il pas «accepter que, si nous sommes ici, nous ne sommes pas ailleurs» ? Selon l’auteur, cela «nous aide à prendre la mesure de notre condition humaine».

Et de citer le philosophe Baudouin de Bodinat, qui écrit, dans Au fond de la couche gazeuse : «par la disponibilité continuelle de se joindre, on n’a plus à se sentir seul lorsque l’autre personne est absente quelques jours ou semaines ; on n’a plus l’idée en fait de penser à elle, dans cet espace vide où résonnerait son absence (…) ; l’autre alors sans aucune présence à l’intérieur de soi, tout aussi absent de l’imagination que s’il était là. Et l’on a peu à se raconter finalement à son retour, ce qui fait toujours cette déception : on n’aura même jamais été seul».

5G ET DÉMOCRATIE

Membre de l’association Robin des Toits, Denis Bourgeois nous rappelle pour sa part, à travers son ouvrage (2), le danger que fait peser la 5G sur la démocratie. À l’heure du QR Code qu’il faut présenter pour boire un café en terrasse, sommes-nous toujours en démocratie ? Serions-nous en dictature ?

«La différence entre une démocratie et ce qui n’est plus elle s’apparente à la différence entre deux couleurs. Il y a, par exemple, une différence bien nette entre l’orange et le rouge de nos feux de circulation. Cependant, il existe dans la nature (…) une quasi-infinité de nuances allant clairement du “très orange” au “très rouge”, avec une zone médiane. Dans cette dernière (…), les avis pourront parfois diverger quant à savoir si une nuance donnée est d’une couleur ou de l’autre.»

Nicolas Bérard

1 – Ombres et lumières, ou La faible lueur d’une bougie est préférable aux ténèbres de la modernité connectée, de Hervé Krief, éd. Quartz.

2 – Le monde de la 5G : la démocratie en péril, de Denis Bourgeois, éd. Yves Michel.

Photo : Jose Antonio Alba