Ou comment, dans une tribune publiée dans Le Monde, 26 députés En Marche prouvent qu’ils sont définitivement acquis à l’entreprise Enedis et non au service des citoyens.

Les médias ont pu le vérifier : le sujet du compteur Linky suscite un grand nombre de réactions à chaque fois qu’il est évoqué. En moins d’une semaine, l’UFC-Que Choisir a ainsi recueilli plus de 150 000 signatures dans une pétition qui dénonce essentiellement le montage financier du projet. Le chiffre est d’autant plus impressionnant que l’association, pour diverses (bonnes) raisons, s’est mise à dos une bonne partie des opposants au Linky, qui se sont donc abstenu de parapher le document.

Toujours est-il que Linky est un sujet que l’on peut qualifier de sensible. Pourtant, la tribune publiée le 2 mars dans Le Monde, signée par une bonne vingtaine de députés En Marche, n’a eu qu’un très faible écho. Il faut dire que le contenu de cette tribune n’apporte rien de nouveau sur le sujet, et n’a donc strictement aucun intérêt. Toutefois, ce texte illustre à merveille le discours du pouvoir en place.
Que racontent, en effet, ces élus de la République, supposés défenseurs du peuple ? Sans doute envoyés au charbon par les hautes sphères de la Macronie, ils reprennent, mot pour mot, la communication élaborée par Enedis. Stéphane Lhomme, animateur du site http://refus.linky.gazpar.free.fr, a assez bien résumé ce point de vue, dans une tribune publiée elle aussi dans Le Monde, en réponse à la première. Il note que « ce texte aligne les affirmations gratuites et les slogans creux, certains étant même scandés deux fois : « Les compteurs Linky sont un outil majeur au service de la transition énergétique », « Ils permettent de piloter plus efficacement le réseau », « Ils permettent aux consommateurs de mieux maîtriser leur consommation électrique » ou (encore !) « C’est une composante majeure de la transition énergétique »… »

Les bons petits soldats

Parmi les trois sujets abordés par ces députés marchant au pas, celui de la sécurité sanitaire et celui de la protection de la vie privée – thématiques auxquelles nous avons déjà répondu ici, et, et et aussi ici… Pour démontrer toute la vacuité de leur argumentaire, nous nous concentrerons ici sur le troisième sujet abordé par les signataires, l’élément qu’ils répètent le plus, à savoir que Linky serait « au service de la transition énergétique » parce qu’il permettrait aux consommateurs de « mieux maîtriser leur consommation ».

Pour donner un semblant de consistance à leur affirmation, les malheureux n’ont rien trouvé de mieux qu’une obscure étude du CNRS datée <de septembre 2017. Selon la lecture que ces députés font de cette étude, la technologie Linky, en offrant une meilleure information aux usagers sur leur consommation, «pourrait permettre jusqu’à 23 % d’économies d’énergie ». Qu’en est-il réellement ?

Lorsque Enedis avance cela, et qu’on les pousse un peu dans leurs retranchements, les chargés de com’ de la boîte précisent finalement que cette économie de 23 % serait effectivement réalisable « avec Linky plus des écogestes »(1). Mais si vous remplacez « Linky » par « un kilo de patate », l’affirmation ne sera ni plus fausse, ni plus juste : une économie de 23 % est possible « avec un kilo de patates plus des écogestes ». Car évidemment, tout tient aux écogestes, et non à Linky : ce n’est pas en allant observer votre courbe de charge – après avoir entrer votre petit login et votre énième mot de passe – que vous vous apercevrez que vous avez oublié d’éteindre la lumière du salon lorsque vous étiez dans votre chambre, le 22 février entre 19 et 20 heures.

D’ailleurs, la Cour des comptes a noté que seuls 1,5 % des foyers nouvellement équipés d’un super compteur communicant avaient, ne serait-ce que par curiosité, ouvert un compte pour consulter leur courbe de charge ! 1,5 % ! Et l’histoire ne dit même pas si ces personnes ont fait ou non évoluer leur façon de consommer.

Nous savions que Macron, Hulot et les autres étaient très amateurs de « croissance verte » et de « transition 2.0 » . Mais nous ne les savions pas assez cruels pour exiger d’élus de la nation qu’ils reprennent à leur compte de telles fadaises, à visages découverts qui plus est ! Encore que certains de ces bons petits soldats ont dû signer cette tribune avec une certaine fierté, et c’est ce que nous verrons dans un prochain article.

NB

1 – C’est ce qu’a fini par expliquer Bernard Lassus, le responsable du programme Linky chez Enedis, lorsque nous l’avions interrogé (cf. Sexy, Linky?)