Le secrétaire d’État chargé du numérique était l’invité de France Inter, ce vendredi 13 avril. Interpellé sur le dossier Linky, Mounir Mahjoubi a apporté des explications auxquelles nous, Collectif Anti-Linky 13, avons souhaité répondre.

M. Mounir Mahjoubi.

Invité de la matinale de France Inter, ce matin vendredi 13 avril  , vous avez été interpellé par une auditrice au sujet du compteur Linky. Or, il nous est apparu que votre connaissance du dossier et de ce qui l’entoure est incomplète, voire erronée. Nous nous proposons donc de rétablir un certain nombre de vérités et de vous opposer notre vision de la transition énergétique et de « l’intelligence ».

Notons d’abord que Nicolas Demorand vous a, à juste titre, interrogé pour comprendre pourquoi les usagers ne pourraient pas refuser ce compteur. Votre présence sur les ondes de la radio publique s’expliquait, en effet, par la préparation de la loi RGPP visant à protéger les citoyen-nes de l’exploitation abusive de leurs données personnelles, notamment par des entreprises du numérique comme les Gafa. Nous nous réjouissons de la préparation de cette loi hautement nécessaire. Mais pourquoi les droits que celle-ci devrait mettre en place vis-à-vis des entreprises du numérique ne s’appliqueraient-ils pas au compteur Linky ? Vous avez répondu qu’« il y a une procédure qui permet de refuser l’installation du compteur. Certains contestent en disant qu’elle est trop compliquée à mettre en place, que c’est trop dur de le demander, mais c’est possible ».

Si tel était le cas, ce serait une excellente nouvelle. Aussi, M. Mahjoubi, nous vous prions de bien vouloir nous indiquer au plus vite la démarche qui permettrait effectivement de refuser le compteur communicant. Nous tenons néanmoins à vous informer qu’à ce jour, dans les faits, aucune procédure ne permet d’échapper au Linky. Les seuls moyens  dont disposent les usagers consistent à ne pas ouvrir leur porte d’entrée aux installateurs lorsque le compteur est placé à l’intérieur de leur domicile, ou de barricader leur compteur (solidement, afin que les installateurs ne puissent pas casser le cadenas comme ils en avaient la consigne). Si c’est de ce genre de « procédures » dont vous parlez, c’est que la démocratie a décidément évolué d’une drôle de façon.

Des milliards de données

Concernant les données, vous avez souhaité vous montrer rassurant : « Quand on regarde dans les faits ce qu’il y a sur Linky, je vous assure que ça « désinquiète ». […] Quand bien même elles seraient piratées – elles sont très bien protégées –, mais quand bien même elles seraient piratées, il y a très peu de choses à récupérer sur Linky. »

Enedis compte collecter et traiter 3 milliards de données par jour . Est-ce cela que vous estimez être « très peu » ? Imaginez-vous la masse d’informations personnelles qu’une telle collecte quotidienne pourra révéler ? Vous vous êtes récemment vous-même étonné de découvrir qu’Uber vous géolocalisait non seulement durant vos déplacements effectués à travers cette application, mais aussi pendant les 5 minutes qui suivaient votre arrivée à destination. Vous comprenez bien, M. le secrétaire d’État au numérique, qu’Uber n’a pas mis au point un tel système pour satisfaire une simple curiosité malsaine. L’entreprise va pouvoir, à partir de ces informations, tirer un maximum d’enseignements sur vous. De même, les informations recueillies par Linky, a priori anodines, peuvent potentiellement tout révéler de votre intimité , pour peu qu’elles soient judicieusement analysées. Croyez bien que des start-up, si chères à votre gouvernement, travaillent déjà à extraire de ces données brutes des informations toujours plus indiscrètes sur votre façon de vivre, et cela dans le lieu censé garantir votre intimité : votre domicile.

Nous craignons moins les pirates qu’Enedis !

Suite à cette même déclaration, nous devons vous préciser une chose : il existe selon nous un risque, indéniable d’ailleurs, de piratage des données recueillies par Linky. Mais ceux qui nous posent problème, d’abord et avant tout, sont moins d’éventuels pirates que des entreprises ayant pignon sur rue et qui pourront collecter plus ou moins légalement nos données.

Vous rétorquerez certainement que la CNIL veille au grain, mais nous vous répondrons que ces protections sont largement inefficaces . Alors que le déploiement du Linky n’est même pas terminé, un premier fournisseur, Direct Energie, a déjà obtenu abusivement le consentement de ses clients quant au recueil et à l’exploitation de leurs données. Cette fois, la CNIL a pu réagir. Mais nous savons tous, vous et nous, que cette digue est poreuse, sera attaquée de toute part et finira par rompre. Le seul moyen de protéger nos données très personnelles est tout simplement qu’elles ne soient pas collectées.

L’intelligence, c’est nous

Car, et nous en venons au nœud du problème, qu’avons nous à gagner, individuellement et collectivement, du déploiement de ces compteurs communicants ? Vous expliquez – reprenant la fumeuse théorie de votre collègue Nicolas Hulot qui lui même reprend l’argument falacieux d’Enedis – que le Linky serait nécessaire à la transition écologique : « Je vous rappelle que l’un des grands enjeux, aujourd’hui, c’est la transition énergétique. Et que, la meilleure façon de consommer moins, c’est d’avoir de l’intelligence sur la consommation. Si on n’a pas d’info, y’ a pas d’intelligence. »

M. Majoubi, contrairement à ce que vous avez l’air de penser, l’intelligence ne se trouve pas dans les cartes à puce, les compteurs et les serveurs informatiques, mais dans les cerveaux. Misez moins sur les machines, plus sur les humains. C’est le meilleur moyen de protéger la vie privée et la santé des citoyen-nes. C’est aussi le meilleur moyen de réussir la transition énergétique que vous semblez appeler de vos vœux.

Veuillez agréer, M. le secrétaire d’État, l’expression de nos sentiments les plus humains.

Le Collectif anti-Linky des Bouches-du-Rhône