Une récente enquête montre qu’une large majorité des Français·es ne croient pas, ou plus, aux prétendus bénéfices du compteur communicant Linky.

C’est une nouvelle qui devrait ravir tous les collectifs d’opposant·es : le travail qu’ils mènent depuis de longs mois pour faire la lumière sur le compteur Linky porte vraisemblablement ses fruits. Mieux encore, ce sont ces opposant·es qui, avec leur énergie et leurs bouts de ficelle, sont en train de remporter la bataille de l’information face à l’ogre Enedis et ses millions d’euros : la moitié des Français·es seraient déjà défavorables à ce compteur. Et ce n’est pas un collectif qui l’affirme, mais le très officiel Médiateur de l’énergie. Il vient de publier (le 13 novembre) son baromètre annuel Énergie-Info, qui s’appuie sur une enquête de l’institut Market Audit, réalisée du 4 au 27 septembre 2018 auprès de 1501 foyers français. Et, selon cette étude, « seule la moitié des foyers est favorable à l’installation des compteurs communicants ». L’année dernière, selon l’enquête équivalente pour l’année 2017, « seul·es » 42% des sondé·es se disaient opposé·es à ce compteur. La tendance est donc à un rejet de plus en plus massif du Linky.

Les bobards passent de moins en moins

Les principales raisons de ce rejet ? La suppression d’emplois (19 %), l’inutilité d’un tel programme (19 %), le manque de fiabilité du dispositif (15 %), la protection des données (15 %) ou encore les ondes et champs électromagnétiques (11 %). Les arguments sont donc très disparates, sans doute parce que les personnes interrogées ont, comme la plupart des opposant·es, plusieurs griefs contre Linky, mais qu’ils n’ont le droit dans cette enquête d’en citer qu’un.

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Autre chiffre qui semble montrer que le travail des opposant·es est efficace : les Français·es sont de moins en moins nombreux à gober les mensonges d’Enedis. En témoigne le nombre très peu élevé de celles et ceux qui croient encore que Linky va leur faire réaliser des économies d’énergie : ils n’étaient déjà plus que 41 % en 2017, ils sont désormais… 25 %. Et encore, en comptant large, car ils ne sont en fait que 8 % à en être « tout à fait » persuadés ! Sans doute des lecteurs du Monde (1)…

À l’inverse, 51 % des personnes interrogées ne croient « pas du tout » qu’un compteur communicant peut leur faire réaliser des économies ! À ceux-là, on peut ajouter les 19 % qui n’y croient « plutôt pas ».

De plus en plus de gens pensent avoir le droit de refuser

Et puis, il y a la question du refus qui, là encore, devrait remplir de joie les collectifs. Socialiste bon ton, Jean Gaubert, le médiateur, n’est a priori pas un opposant au compteur communicant. Il part donc du principe que Linky est obligatoire. Partant de là, il ne peut que constater que les Français·es, qui sont de plus en plus nombreux à avoir entendu parler du compteur, sont dans le même temps de moins en moins nombreux à « savoir » que sa pose est obligatoire. Ce sont peut-être les chiffres les plus impressionnants : 60 % des sondé·es le « savaient » en 2017, alors qu’ils ne sont plus que 38 % en 2018 ! De plus en plus d’usager·es pensent donc être en droit de refuser le compteur. Un résultat qui est « sans doute en lien avec la communication des collectifs anti-Linky », se hasarde le médiateur.

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Sans doute, effectivement. Mais sans doute aussi parce que cette « communication » des anti-Linky se base sur quelques réalités… Car en matière de com’, Enedis n’a pas lésiné sur les moyens pour faire accepter son gadget. Et des moyens financiers, l’entreprise en a ! Cet été, notamment, elle dépensé « un pognon de dingue » – assurément des millions d’euros (2) – dans une grande campagne de communication : de pleines pages de publicité ont été achetées dans les journaux et magazines du pays, l’entreprise a été partenaire officiel du Tour de France et a associé son image à celle de la Coupe du monde, en achetant des spots de pub chaque jour sur RMC durant la compétition. Selon le plan com’ de l’entreprise révélé par Stéphane Lhomme, il s’agissait de « s’adoss[er] aux deux grands événements sportifs, populaires et fédérateurs qui vont générer une très forte audience sur les médias dans les prochaines semaines : la Coupe du Monde de Football et le Tour de France. » Et il fallait profiter de ces minutes de cerveau disponible pour, toujours selon le plan com de la boîte, « marteler les bénéfices de Linky pour les particuliers, les collectivités, et la France », ou encore pour « inspirer de la sympathie et de la chaleur autour de Linky ». Visiblement, c’est raté… Enedis ne peut pourtant pas rejeter la faute sur les Bleus, qui ont gagné la Coupe. Même Kylian Mbappé ne peut rien pour Linky !

Nicolas Bérard

Photo : Collectif Info Linky Sud Ouest Lyonnais

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(éd. Le Passager clandestin / L’âge de faire).