Promotelec a réalisé une étude sur la perception qu’ont les Français·es des objets connectés. Premier enseignement : l’objet connecté le plus répandu dans les foyers est un objet qui leur a été imposé, à savoir le compteur Linky. Les « smart machins » ne semblent en fait pas intéresser grand monde, à l’exception de ceux qui les vendent.

« Si les Français sont prêts à basculer, quand l’adoption massive [d’objets connectés] va-t-elle se faire ? » Pour Promotelec, la question n’est apparemment pas de savoir si les citoyen·nes vont ou non plonger dans le modèle du « smart », où chaque objet est « intelligent » et connecté. Il faut simplement se demander dans combien de temps cela se fera.

Il faut dire que, pour Promotelec, ce modèle du tout connecté constitue une véritable raison de vivre. Réunissant des professionnels du bâtiment et de l’électricité, ce lobby vante les bienfaits de tout ce qui est qualifié d’intelligent : une ville, une maison, un compteur, un réseau, un frigo (mais pas un humain, bien entendu)… Parmi les missions qu’il se donne, on trouve ainsi celle de faire la « promotion de la domotique et des objets connectés ». Les opposants au Linky ont d’ailleurs sans doute déjà entendu parler de cette structure. Sur son site internet, on trouve une page consacrée au compteur communicant. Il y était autrefois mentionné que « Dans le cas où les sections de câbles ne sont pas adaptées aux nouveaux réglages, des accidents (feu) peuvent se produire le jour où le particulier fait la demande auprès d’Enedis afin d’augmenter la puissance de son compteur à distance ». Pour l’opposant à Linky Stéphane Lhomme, cette phrase constituait une preuve que les nouveaux compteurs pouvaient bel et bien provoquer des incendies. Après que le militant a dénoncé cela, Promotelec a subrepticement supprimé cette phrase de son site… Ce qui est sans doute malhonnête, peut-être dangereux, mais somme toute logique : EDF et Enedis font partie de ce lobby !

Des rêves de vidéosurveillance connectée ?!

Le 22 juin 2018, Promotelec a rendu publique une étude portant sur la perception qu’ont les Français·es des objets connectés dans l’habitat. Réalisée du 14 au 24 mai sur un échantillon de 1625 personnes, l’enquête permet, selon le lobby, de faire un constat « largement positif pour les objets connectés dans l’habitat ». Cette industrie est donc très optimiste quant à son avenir – et certainement s’apprête-t-elle à communiquer (encore plus) massivement pour faire ingurgiter un maximum de smart-machins à la population.

Une première précision quant aux résultats de l’étude : nous n’avons accès qu’aux résultats réécrits par ce lobby, sans connaître exactement la formulation des questions posées ni dans quelles conditions elles l’ont été. Que penser, par exemple, de celle qui consiste à demander les « trois premiers objets connectés qui font le plus rêver aujourd’hui » ? Au passage, on ne résiste pas à vous faire part des résultats tels que présentés par Promotelec : « système de chauffage intelligent : 33 % », « système de vidéosurveillance connecté : 31 % » ; « système d’éclairage intelligent : 30 % ». Mais combien ont pensé à expliquer que leurs rêves étaient beaucoup trop beaux pour s’occuper d’objets connectés et de vidéosurveillance ? Mystère.

Malgré ces difficultés, nous avons une lecture bien différente de cette étude : selon nous, il en ressort plutôt que les Français·es se moquent assez royalement de tous ces fantasmes technologiques. Exemple : à la question de savoir ce à quoi ressemblerait leur habitation idéale, ils n’ont été que 15 % à répondre « un espace high-tech, connecté, où je peux tout contrôler à distance » – sachant que les sondé·es avaient le choix entre 13 propositions, et que nous ne connaissons pas la teneur des autres possibilités de réponses.

Par ailleurs, 72 % des sondé·es estiment (à raison) que ces objets peuvent les espionner. Et 64 % pensent (à raison), qu’ils « génèrent des ondes mauvaises pour la santé ». Alors, les Français·es souhaitent-ils vraiment « basculer » vers des habitation high-tech comme croit le savoir Promotelec ? Ne serait-ce pas plutôt les professionnels du milieu qui s’apprêtent à les pousser, dans le dos, pour les faire tomber dans ce grand bain ?

Une com’ « à la frontière du rationnel »

Une partie de la réponse se trouve peut-être ici : l’objet connecté le plus répandu chez les Français·es est le compteur Linky ! Et loin devant les autres : selon Promotelec, 19 % des foyers sont équipés du compteur « intelligent »*. Suivent les systèmes de vidéosurveillance connectés (11%) et les appareils électroménagers connectés (11%). L’objet connecté le plus répandu est donc un objet imposé !

En fait, il ressort en creux de cette étude que les gens se passent très bien d’objets connectés et n’en réclament pas. Pire, ils s’en méfient, en raison des ondes qu’ils émettent et de l’atteinte à leur vie privée. Car dans la vraie vie, personne n’a besoin de frigo connecté ou de four « intelligent ». Mais les communicants ne manquent pas d’imagination, et les industriels n’en démordent pas : ils veulent imposer leurs produits. Ainsi, Promotelec conseille aux professionnels du secteur d’ « axer la communication sur des bénéfices à la frontière du rationnel et de l’émotionnel (Vie augmentée, futur positif) » ! Seuls les agents Fox Mulder et Dana Scully peuvent trouver un intérêt réel au compteur Linky, qui se situera certainement « aux frontières du réel »

Nicolas Bérard

  • * Ce chiffre de 19 % interroge… En effet, cela équivaut à 6,65 millions de compteurs. On peut penser que Promotelec, qui a réalisé son étude en mai 2018, est bien informé, puisque Enedis fait partie de cette structure. Ce même Enedis qui, dès décembre 2017, publiait un communiqué pour se réjouir d’avoir franchi la barre des 7 millions de compteurs installés et qui, à l’occasion du documentaire Envoyé Spécial consacré à la question, a expliqué en être à 11 millions. Et si l’entreprise avait plus de mal qu’elle ne veut bien l’avouer pour déployer ses compteurs ?