À travers le chapitre qu’ils consacrent à Linky dans leur rapport annuel, les magistrats de la Cour des comptes valident les critiques des opposants et mettent en lumière le manque de sérieux des justifications d’Enédis.

La Cour des comptes a publié mercredi 7 février son très officiel rapport annuel, dans lequel elle consacre tout un chapitre à l’opération Linky. Précisons avant toute chose que la mission confiée à la Cour est purement comptable. Elle se préoccupe guère des incidences sociales, sociétales ou même sanitaires d’un projet : ainsi, cette noble institution préférera toujours un bilan comptable à l’équilibre plutôt qu’un citoyen heureux et en bonne santé.

Une opération telle que Linky a donc, a priori, tout pour lui plaire : une réduction des coûts de fonctionnement (principalement en réduisant la main d’œuvre) est toujours bien accueillie du côté de la rue Cambon. Pourtant, les magistrats la Cour se montrent pour le moins sceptiques quant à l’opportunité de mener ce vaste programme industriel. Ils jugent en effet le coût du déploiement excessif par rapport aux gains espérés – et largement surévalués, laissent-ils aussi entendre.

« Pour parvenir à parler d’une opération rentable, le cabinet d’expertise [qui a réalisé l’étude technico-financière sur laquelle se base Enédis] semble avoir tordu les chiffres dans le sens qui l’arrangeait », peut-on lire dans l’ouvrage « Sexy, Linky ? ». Les sages de la Cour des comptes ne disent pas autre chose, estimant eux aussi que le bilan économique de l’opération pourrait finalement se révéler « négatif », tout en dénonçant les conditions financières très avantageuses accordées à Enédis.

Ils critiquent par ailleurs le fait que ces compteurs serviront uniquement les intérêts d’Enédis, et non ceux des particuliers. Bref, la Cour valide nos analyses (faites par exemple ici ou ) et non celles d’Enedis.

Le fantasme technocratique d’Enédis a du plomb dans l’aile

L’opposant bien renseigné n’apprendra donc pas grand chose à la lecture de ce rapport. Il y trouvera en revanche certaines confirmations.

Par exemple au sujet de la transition énergétique. Les sages de la rue Cambon s’aventurent peu sur ce terrain qui, comme nous l’avons vu, ne les concerne pas directement. Ils s’interrogent néanmoins sur la justesse des prévisions d’Enédis en matière d’économies d’énergie. Prévisions évidemment très généreuses, puisqu’elles interviennent dans le calcul de l’équilibre économique de l’opération et sont au cœur de la justification écologique du projet.

Dans un courrier envoyé à la Cour, Nicolas Hulot – fervent défenseur de Linky, d’Enédis et d’EDF en général – récite son catéchisme : « Je tiens à préciser que le déploiement des compteurs communicants est une composante indispensable de la transition énergétique », martèle-t-il. Et de poursuivre : « Son atteinte repose tout d’abord sur la bonne connaissance par le consommateur de ses usages énergétiques. » Le ministre reprend ici doctement l’un des arguments d’Enédis : grâce à ces compteurs, les « clients » pourront, en se connectant à un site internet, avoir accès à leur courbe de charge, analyser leur consommation et ainsi modifier leurs habitudes pour, finalement, réaliser des économies d’énergie.

Mais le fantasme technocratique d’Enédis a du plomb dans l’aile : « malgré les actions de communication du distributeur, le taux d’ouverture de compte par les usagers disposant d’un compteur Linky est particulièrement peu élevé (1,5%) », ont remarqué les magistrats de la Cour. 1,5 % ! Nicolas Hulot aurait-il (encore) perdu une occasion de se taire ?

Nicolas Bérard