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LIBÉREZ NOS CAMARADES MARMAILLES !

Depuis la multiplication des écrans, les enfants passent moins de temps en plein air que les détenus d’une prison de haute sécurité.

En 2019, le neuroscientifique Michel Desmurget sonnait le tocsin : les enfants des pays occidentaux âgés de 0 à 2 ans cumulent 2 heures d’écran par jour en moyenne, 4h45 pour les enfants de 8 à 12 ans, 6h45 pour les ados de 13 à 18 ans.

Et comme les réactions n’étaient pas à la hauteur de la catastrophe, il tentait de faire comprendre autrement l’ampleur du phénomène : «Exprimé en cumul annuel, cela représente autour de 1 000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1 700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2 400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires). Exprimé en fraction du temps quotidien de veille, cela donne respectivement un quart, un tiers et 40 %.» (1)

Et encore, toutes ces données datent d’avant le confinement. Depuis, deux tiers de ces enfants ont reconnu avoir encore augmenté leur temps d’écran. Ce n’est pas un simple phénomène de mode, comme ont pu l’être, au hasard, les billes ou les cartes Pokemon.

Un tel accaparement de l’attention relève du basculement anthropologique, dont le résultat n’est pas enthousiasmant. Une étude états-unienne nous apprend par exemple que, entre 2000 et 2015, le pourcentage de lycéen·nes étant sortis de chez eux pour un rendez-vous galant est passé de 85 à seulement 56 %.

SAUTER DANS LES FLAQUES

En 2016, un spot publicitaire, là encore venu des États-Unis, nous apprenait que nos marmailles passaient déjà moins de temps dehors que… les détenus d’une prison de haute sécurité de l’Indiana! Ces derniers bénéficiaient de 2 heures de promenade quotidienne.

Une aération «vitale», selon un prisonnier interrogé dans ce clip, faisant état de la joie que procure le fait de «marcher à l’air libre et sentir le soleil sur votre visage». Des bonheurs que les enfants semblent avoir oubliés : la même année, ceux-ci ne passaient en moyenne qu’une heure par jour en plein air!

Pour la petite histoire, cette étude avait été commandée par une célèbre marque de lessive, inquiète de voir s’éroder ses ventes. Et pour cause : les gosses qui rentrent le soir avec de la boue plein le pantalon après avoir sauté toute la journée dans les flaques se font rares. Ils passent désormais la majeure partie de leur temps libre à la maison, devant un écran, avec à peine un peu de poussière sous les chaussettes…

Nicolas Bérard

1 – La fabrique du crétin digital, Michel Desmurget, éd. Points.

Cet article est extrait du numéro d’avril 2022
du mensuel L’âge de faire.
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