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LES TABLETTES, CES PIÈTRES ENSEIGNANTES

Les tablettes ne sont pas seulement déconseillées aux enfants pour les ondes qu’elles émettent, mais aussi parce qu’elles sont beaucoup moins pédagogiques que ne le prétendent leurs constructeurs.

Les ondes ne représentent pas le seul danger des tablettes pour les plus jeunes. D’un point de vue pédagogique, et en dépit de ce que jurent les constructeurs, ce n’est pas mieux. Certes, un parent pourra se réjouir d’entendre son petit savoir compter jusqu’à 10 en français, en espagnol et en anglais, après l’avoir laissé des heures scotché à sa tablette. Mais s’il lui pose cinq cacahuètes devant les yeux et lui demande combien il y en a, son petit singe savant sera sûrement incapable de répondre : il n’a fait que répéter docilement ce que lui dictait son joujou à écran plat, sans en comprendre le sens, sans pouvoir matérialiser son apprentissage.

C’est aussi vrai pour les enfants un peu plus âgés. L’étude Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) – toujours citée en référence par les ministres de l’éducation nationale – note par exemple, au sujet des outils numériques, que «les niveaux d’utilisation supérieurs à la moyenne des pays de l’OCDE sont associés à des résultats significativement plus faibles». En clair : un peu de tablette n’altère pas trop la qualité de l’enseignement (sans l’améliorer toutefois). Mais au-delà, chaque minute supplémentaire passée devant l’écran fait s’effondrer le niveau d’apprentissage de l’enfant.

« DES VISAGES ATONES »

Les élèves tentant d’apprendre à travers un écran obtiennent notamment de «bien moins bons résultats en compréhension de l’écrit», indique encore Pisa (1). En math, ce n’est pas mieux. La calculatrice ayant été introduite dans le système éducatif depuis plusieurs décennies, elle peut s’observer avec un certain recul. «Or, qu’observe-t-on ? Une diminution générale, non seulement des capacités effectives de calcul (mémoire, rapidité, algorithmes complexes), mais aussi de la compréhension même du calcul, jusqu’aux quatre opérations (addition, soustraction, multiplication, division).» (2)

Et puis mince, les enfants ne sont pas uniquement destinés à avoir de bonnes notes à l’école. Ils doivent vivre, et bien profiter de leurs tendres années. La psychologue Sabine Duflo nous expliquait récemment avoir remarqué d’autres (effrayantes) caractéristiques chez les jeunes trop exposés aux écrans : ils ont «des visages atones». «Un enfant apprend les mimiques, les expressions, en les décodant sur le visage de l’autre. Là, ce sont des enfants sans mimiques. Un peu comme les personnages de films d’animation qui n’ont que trois expressions, une barre tordue vers le haut pour la joie, vers le bas pour la tristesse, et un rond pour l’étonnement.» S’ils pouvaient plutôt faire «Grrrr» en voyant une tablette…

Nicolas Bérard

1 – Citée dans Le désastre de l’école numérique, de Philippe Bihouix et Karine Mauvilly, éd. Seuil.

2 – Critiques de l’école numérique, ouvrage collectif, éd. L’échappée.

Cet article est extrait
du nouveau numéro de L’âge de faire.
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