Une récente étude réalisée sur des rats montre que ces derniers sont non seulement sensibles aux champs électromagnétiques, mais aussi qu’ils préfèrent les éviter. À moins qu’ils ne le fassent exprès, juste pour embêter l’industrie…

Les champs électromagnétiques perturbent- ils le sommeil ? C’est l’un des symptômes régulièrement mis en avant par les personnes électrohypersensibles (EHS). Mais disent-elles vrai ? C’est tout le débat, qui oppose les EHS aux électrosceptiques et à l’industrie. Ces derniers, en effet, ont la fâcheuse habitude de mettre systématiquement en doute l’honnêteté des personnes qui s’estiment victimes du brouillard électromagnétique dans lequel nous évoluons.

Des chercheur·euses de l’université de Picardie avaient mis au point, en 2013, un protocole pour étudier l’effet des champs électromagnétiques (CEM) chez les rats. Un groupe d’une dizaine de rats avaient été exposés à des CEM de 1 V/m (proche des valeurs que l’on retrouve dans notre environnement) pendant 5 semaines, 7 jours sur 7 et 23 heures sur 24. Cette étude a montré que les rats qui étaient exposés, contrairement au groupe témoin non exposé, avait un sommeil paradoxal fragmenté. En outre, cela modifiait leur façon de s’alimenter.

Les rats préfèrent dormir avec moins de CEM

La même équipe de chercheur·euses a donc décidé d’approfondir ces premiers résultats. Elle a pour cela mis au point un « radiopreferendum » : un dispositif de deux enceintes communicantes, permettant aux rongeurs de choisir entre un environnement exposé aux CEM et un autre qui l’était moins – avec une différence d’un facteur 2. Précision sur le niveau d’exposition de la cage la plus irradiée : « nous avons essayé ici de reproduire une exposition type antenne relais, c’est-à-dire une exposition chronique de faible intensité. Il est difficile de savoir réellement la quantité à laquelle est exposé un individu à cause des origines multiples de l’exposition aux CEM (antenne relais, téléphone portable, wifi, babyphone, etc.) » détaille Amandine Pelletier, maître de conférences en Physiologie qui a dirigé les deux études.

Les premières observations ont montré que, pendant la nuit, c’est à dire lorsqu’ils sont les plus actifs, les rats se sont installés indifféremment dans l’une ou l’autre des deux pièces du dispositif, passant autant de temps dans chacune d’elles. En revanche, le jour, soit une période quotidienne de onze heures durant lesquelles ils dorment le plus, ils ont privilégié la zone la moins exposée. Ils y ont passé en moyenne 1h20 de plus par jour que dans la zone exposée. Par ailleurs, cette nouvelle étude a confirmé ce qui avait été découvert lors de la première, à savoir que les CEM provoquent apparemment une fragmentation du sommeil paradoxal – des analyses en cours de réalisation diront dans quelles proportions. Et comme ces observations ont été effectuées sur des rongeurs, cela n’est sans doute pas le résultat d’un « effet psycho- logique qui pourrait exister chez l’homme », indique Amandine Pelletier. Pas sûr : après tout, les rats font peut-être tout cela exprès, rien que pour embêter l’industrie de la téléphonie…

NB

Cette chronique a été initialement publiée dans le numéro d’octobre 2018
du mensuel indépendant L’âge de faire