5G smart city smart life

LES DÉRIVES DU 7e CONTINENT

L’empreinte environnementale du numérique est d’ores et déjà un problème majeur, mais ne cesse de s’aggraver.

Le «7e continent» évoque souvent le gigantesque agglomérat de déchets plastiques qui s’est formé dans le Pacifique, occupant 1,6 million de km². Mais l’expression est ici utilisée par l’organisation GreenIT pour désigner le continent virtuel composé de l’ensemble du numérique mondial. Et ce n’est pas rien : il comptabilise 4,1 milliards d’habitant·es équipé·es de 34 milliards d’objets (smartphones, tablettes…). Il est responsable de 3,8 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) et 0,2 % de la consommation d’eau.

Pour mieux se rendre compte des échelles de grandeur, cela signifie que le numérique émet deux fois plus de GES que la France dans son ensemble, et absorbe l’équivalent de mille cinq cents milliards de bouteilles d’eau de 1,5 litre par an. Si ce continent n’a pas vraiment d’existence géographique, ses impacts n’en sont pas moins bien réels.

L’organisation GreenIT n’est pas du tout technophobe, puisqu’elle s’est donné pour rôle de fédérer des acteurs du numérique qui se présentent comme «responsables». Les conclusions de son étude sur «l’empreinte environnementale du numérique mondial» sont pourtant sans appel : dans le contexte environnemental que nous connaissons, la voie suivie par ce secteur d’activité n’est pas du tout la bonne.

« CE N’EST PLUS ACCEPTABLE »

Outre l’exploitation de matériaux non-renouvelables, l’étude de GreenIT sonne l’alarme sur la progression exponentielle des émissions de GES dues au numérique : elles pourraient tripler entre 2010 et 2025, passant de 2,2 % à 5,5 % des émissions totales.Et tout porte à croire que ces prévisions seront dépassées, car cette étude a été publiée en septembre 2019, c’est-à-dire avant les confinements liés au Covid, et avant qu’une flopée de pays se lance dans le déploiement de la 5G.

Parmi les conséquences prévisibles liées à ce nouveau réseau, l’explosion du nombre d’objets connectés, qui n’avait pas besoin de ça : il a déjà été multiplié par 10 entre 2010 et 2015 et devrait ensuite doubler tous les 5 ans. 48 milliards d’objets devraient être ainsi connectés en 2025.

«Leur contribution aux impacts de l’univers numérique passe ainsi de moins de 1 % (tous indicateurs environnementaux confondus) en 2010 à entre 18 % et 23 % en 2025. C’est énorme!», s’inquiète GreenIT, qui alerte : «Compte tenu des enjeux [environnementaux], il n’est plus acceptable d’augmenter volontairement notre empreinte numérique uniquement pour doper l’économie». Visiblement, elle n’a pas été entendue.

Nicolas Bérard

Pour poursuivre notre travail, nous avons besoin de vous !
Et pour cela, il vous suffit de vous abonner au journal L’âge de faire, d’où sont extraits ces articles proposés en accès libre. Alors cliquez sur l’image ci-dessous, on compte sur vous !