Le problème de la recherche, lorsqu’elle est financée directement par le secteur privé, c’est qu’elle en arrive presque toujours aux conclusions espérées par l’industrie…

Le gouvernement souhaite supprimer la Taxe additionnelle à l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux (TA-IFER), seul dispositif contraignant qui permettait de financer des études indépendantes sur les champs électromagnétiques [voir notre précédent article]. Soyez néanmoins certain·es que des études continueront à être réalisées sur le sujet. Sauf que les industriels garderont la main dessus. Et ça, ça change tout…

Le Washington Post a révélé en 2008 ce que le manque d’indépendance de la recherche pouvait donner. Le célèbre quotidien a pour cela observé les recherches effectuées sur le Bisphénol A (BPA) – un perturbateur endocrinien que l’on trouvait notamment dans les biberons. L’auteur de l’article en est arrivé à la conclusion que, « parmi une centaine d’études subventionnées par le gouvernement et réalisées par des chercheurs indépendants, plus de 90 % ont trouvé des effets sur la santé avec de faibles doses de BPA, alors qu’aucune de la vingtaine de celles qui avaient été financées par l’industrie chimique n’en a trouvé »(1).

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Du BPA, passons à un autre produit sympathique : le tabac. Car c’est cette industrie qui a enfanté « l’industrie du doute » dans les années 1960. Voyez plutôt ce qu’avait écrit, dans une note interne, l’un des dirigeants du géant du tabac Brown and Williamson : « Le doute est notre produit, puisqu’il est le meilleur moyen de lutter contre « l’accumulation de faits » [reliant le tabagisme à la maladie] qui existe dans l’esprit de la population. C’est aussi le moyen pour susciter la controverse. » Aujourd’hui, les dangers du tabac ne font plus guère de doute, mais il aura fallu plusieurs décennies pour parvenir officiellement à la conclusion suivante : fumer tue.

Des millions pour certains labos

Après le BPA et le tabac, revenons-en à nos CEM. Le docteur Jerry Philipps a, un temps, travaillé pour Motorola. Mais son expérience a été de courte durée, car les résultats de son étude semblaient démontrer que les CEM des téléphones portables avaient des effets sur la santé humaine. Refusant de changer ses conclusions, il n’a plus jamais travaillé pour les opérateurs. Il a en revanche pu constater que des laboratoires touchaient des millions de dollars de l’industrie pour mener des « recherches » aboutissant aux résultats réclamés par leurs financeurs. Philipps explique ainsi que « certains scientifiques savent que vous pouvez concevoir une expérience dans un domaine qui produira n’importe quel effet recherché […]. Si je veux élaborer une expérience qui assurément ne montrera aucun effet, je peux le faire. »(2)

Une récente étude du Programme national de Toxicologie, agence (publique) de santé états-unienne, vient d’établir des « preuves évidentes »(3) d’un lien entre l’exposition de rats à des CEM et le développement chez ceux-ci de tumeurs cancéreuses. Mais rassurez-vous : de nouvelles études (privées) devraient bientôt démontrer l’inverse.

NB

1- Article cité par Martin Blank dans son livre Ces ondes qui nous entourent, éd. Écosociété, 2016.

2- Les autres citations de cet article sont extraites du même ouvrage.

3- Autrement dit le niveau de preuve le plus élevé, selon la classification du NTP.

 

Photo : DR

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