5G Linky smart city

LA NOUVELLE BONNE PIOCHE D’ATOS

Atos, géant français du numérique, a recruté l’ex-premier ministre et actuel maire du Havre, Édouard Philippe. Cette boîte n’en est pas à son coup d’essai.

«Je ne pense pas que le maire du Havre soit pour un moratoire. Je pense qu’il est pour la 5G.» Invité sur France Inter le 17 septembre, Roland Lescure, député LREM et président de la commission des affaires économiques, sait bien que la ville normande n’a pas élu un khmer vert anti-progrès. Le port de la ville est d’ailleurs un lieu d’expérimentation des ondes à très hautes fréquences (26 Ghz) de la 5G.

L’Arcep (1) précise même que «ce projet [d’expérimentation] s’inscrit en continuité du Programme Smart Port City porté par le territoire». Non, le maire du Havre n’est pas un Amish. Il s’agit d’Édouard Philippe.

50 000 EUROS PAR AN

Comment se porte ce bon vieux Édouard? Nous nous sommes renseignés et, rassurez-vous, il va bien. Car des entreprises savent prendre soin des anciens grands responsables politiques – qui le redeviendront peut-être un jour, soit dit en passant. En l’occurrence, il s’agit d’Atos, géant français des services du numérique.

Le 15 septembre, un article des Échos nous apprenait en effet qu’Édouard Philippe allait intégrer le conseil d’administration de l’entreprise. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) n’a rien trouvé à y redire, ou si peu. Édouard Philippe veut simplement aider «un champion européen».

Et au passage, il empochera entre 40.000 et 50.000 euros par an, nous apprend le site Capital. «Atos a des compétences-clés pour notre pays, au cœur des enjeux digitaux et d’indépendance technologique. Je suis très heureux de pouvoir apporter à l’entreprise et à son conseil d’administration mon expérience», a fait savoir l’ex-premier ministre. Philippe et Atos, c’est du gagnant-gagnant, voilà tout.

EN ROUTE POUR LA 6G

Atos l’a bien compris, et n’hésite jamais à voler au secours des personnages politiques désœuvrés. Qui était là, par exemple, lorsqu’il a fallu venir en aide à l’ex-ministre de l’économie, de 2005 à 2007, Thierry Breton? Atos, déjà, qui en a fait son PDG. Et déjà, l’entreprise avait pu profiter de «l’expérience» de sa nouvelle recrue : celui qui avait signé, en tant que ministre, une loi en faveur de la généralisation des compteurs communicants a pu, une fois devenu patron, obtenir pour sa boîte des contrats sur le développement de ces compteurs.

En octobre dernier, le capitaine d’industrie a néanmoins dû quitter l’entreprise pour devenir commissaire européen. Philippe et Breton ne se croiseront pas devant la machine à café intelligente de la boîte.

Mais certainement se verront-ils à Bruxelles, puisque Thierry Breton a notamment en charge le portefeuille de la technologie, domaine d’Atos. Le commissaire a même, dès sa prise de fonction, décidé de mettre une équipe en place pour préparer… la 6G! Quand elle sera prête, pour-quoi pas la tester sur le «smart-port-city» du Havre ?!

DE BRETON À VILLANI

Chez Atos, Édouard Philippe retrouvera quand même des petits camarades, comme le député Cédric Villani. L’ex-candidat à la mairie de Paris fait partie du conseil scientifique de la boîte. Autant dire que l’homme à la lavallière est bien occupé, puisqu’il est aussi vice-président de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques. Il a ainsi présidé les tables rondes organisées à l’Assemblée sur les compteurs communicants ou encore sur la 5G.

Ces réunions, qui n’ont pas remis en cause l’exécution de ces grands programmes, ont été rudement bien menées. Forcément : si les recrues de luxe d’Atos font bénéficier l’entre-prise de leur expérience, la réciproque est sans doute tout aussi vraie…

Nicolas Bérard

1 – Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes.

Cet article, offert gratuitement,
est extrait du dernier numéro de
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