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LA BLAGUE DU «DÉMATÉRIALISÉ»

L’industrie des nouvelles technologies jure qu’elle est écolo, puisqu’elle «dématérialise» les échanges. Un vrai tour de prestidigitation.

L’Estonie, qui s’enorgueillit d’être l’État le plus «dématérialisé» au monde, se vante d’être écolo. Le pays balte est un exemple de start-up nation, en particulier pour son administration, en ligne à 99 %. Le tout numérique leur permettrait d’économiser, chaque mois, «une pile de papiers équivalente à la hauteur de plusieurs tours Eiffel». Quant à avoir une idée de l’impact environnemental de toute l’infrastructure nécessaire à cette «dématérialisation», on lira L’enfer numérique. Voyage au bout d’un like, de Guillaume Pitron.

On y apprend par exemple que la fabrication d’une seule puce électronique de 2 grammes nécessite 32 kg de matières premières. «Multipliez maintenant ce volume par « l’empreinte matière » des milliards de serveurs, antennes, routeurs et autres bornes Wifi actuellement en fonctionnement, soit 100, 1 000, voire 10 000… et vous parvenez à la conclusion que les technologies « dématérialisées » ne sont pas seulement consommatrices de matières ; elles sont surtout en voie de constituer l’une des plus vastes entreprises de matérialisation jamais engagées.»

«L’INTERNET DU TOUT»

Tout l’objet de ce livre-enquête est là : témoigner de la démesure physique du numérique, malgré la propagande «green-tech». Guillaume Pitron nous amène sur le terrain en Estonie, mais aussi à Masdar, une smart city «verte» en plein désert, dans le grand nord suédois, où sont stockés tous les comptes Facebook des Européens. Ou encore dans les mines de graphite à Mashan, en Chine.

Par la richesse de ses sources, il nous fait aussi mesurer la hauteur de la déferlante à venir : «l’internet du tout» n’est plus seulement une idée : «en 2023, les connexions entre machines, tirées en particulier par les maisons connectées et les voitures intelligentes, devraient totaliser la moitié des connexions sur le Web.» Et ces connexions, bien entendu, consomment autant de matière et d’énergie que les connexions «humains/machines»…

Dans son introduction, Guillaume Pitron s’adresse aux jeunes qui se battent pour le climat, à cette «génération Greta» qui, paradoxalement, «sera l’un des principaux acteurs du doublement, annoncé en 2025, de la consommation d’électricité du secteur numérique (20 % de la production mondiale) ainsi que de ses rejets de gaz à effet de serre (7,5 % des émissions globales).»

Et cela ne sera qu’un début, si rien ne change. «Saurez-vous dompter l’hubris que ces technologies excitent en vous ou serez-vous, tels des Icare, consumés par les radiations de ce soleil synthétique ?»

FG

Note : ombre au tableau de cet ouvrage, un paragraphe écrit à l’emporte pièce sur les effets des ondes électromagnétiques sur la santé humaine. L’auteur affirme qu’il ne s’agit que de «peurs irrationnelles», ne reposant sur «aucune preuve» scientifique… Il n’a pas les chercher beaucoup !