Linky ondes électromagnétiques

La belle carrière de NKM

Autrefois secrétaire d’État à l’économie numérique, puis ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet a depuis été recrutée par Capgémini, une entreprise qui a joué un rôle clé dans le déploiement du compteur Linky.

Le 24 août sur France Inter, l’animatrice Léa Salamé nous a fait passer une heure en compagnie de l’ex-ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Les soixante minutes, tout à la gloire de cette «femme puissante», nous ont surtout rappelé qu’elle avait quitté la vie politique pour un poste à New-York, dans la prestigieuse entreprise française Capgemini, leader français des services du numérique.

Les lecteur·rices de L’âge de faire connaissent bien cette entreprise : nous dénoncions dans notre précédent numéro le conflit d’intérêt à travers lequel Capgemini avait d’abord réalisé l’étude validant le déploiement du compteur Linky puis obtenu des contrats pour le développer. Lorsque, en septembre 2011, le ministre de l’économie Éric Besson a annoncé la généralisation du petit boîtier, NKM, elle, était ministre de l’écologie…

Apparemment, Capgemini en a gardé un très bon souvenir. Pourtant, si l’on remonte plus en amont dans la carrière de NKM, on trouve des positions qui ne vont pas toujours dans le sens de l’industrie des ondes. En 2005, la jeune députée avait en effet co-signé une proposition de loi pour abaisser les normes en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques. Alors en 2009, quand NKM, secrétaire d’État à l’économie numérique, organisa le «Grenelle des ondes», les associations qui luttent contre la surexposition aux ondes avaient un peu d’espoir d’être entendues.

Espoir vite douché par la tournure que prirent les débats, durant lesquels les représentants de l’État faisaient bloc avec ceux de l’industrie. Finalement, les opérateurs téléphoniques – et avec eux toute l’industrie du sans-fil et des nouvelles technologies – sortirent grands vainqueurs de ce Grenelle : les seuils légaux d’exposition aux ondes ne furent pas abaissés et, d’une façon générale, leur juteux business ne fut absolument pas plus encadré. Lorsque Capgémini a recruté NKM, le groupe a fait savoir qu’il voyait en elle «une spécialiste reconnue de l’économie numérique». Elle avait en tout cas bien compris que, pour rester en bons termes, il ne fallait pas embêter les entreprises avec des normes sanitaires…

Nicolas Bérard

Crédit photo: photo.naepflin.com

Article directement extrait
du dernier numéro de
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