Les antennes brûlent un peu partout en France.
5G ondes électromagnétiques

VAGUE D’INCENDIES SUR LES ANTENNES-RELAIS

Des antennes de téléphonie mobile ont été incendiées dans plusieurs départements. Les enquêteurs soupçonnent des adeptes de thèses complotistes. Mais les choses s’expliquent peut-être aussi par l’attitude des opérateurs…

Les antennes brûlent un peu partout en France.

Lundi 18 mai, 18 heures, France Inter. Le ton grave, le présentateur du journal explique que «la série d’incendies volontaires visant des relais de télécommunication se poursuit en Isère avec 3 nouveaux sinistres. Durant toute la période du confinement, des faits similaires se sont produits un peu partout en France, notamment dans le Gard, le Jura, le Loiret, le Pas-de-Calais ou les Côtes-d’Armor».

On apprend ensuite que ces sabotages donnent du fil à retordre aux enquêteurs : les auteurs de ces actes de vandalisme «arrivent, cassent, mettent le feu et ne laissent quasiment jamais de trace. (…) Ils sont effectivement très forts, confirme une source.» Une trentaine d’antennes-relais ont ainsi été incendiées en France en l’espace de trois mois. Dans la plupart des cas, les enquêteurs n’ont pas trouvé le moindre indice, mais envisagent tout de même la piste d’une «mouvance complotiste anti-5G anti-traçage numérique, partie de Grande- Bretagne et qui a déjà frappé aux Pays-Bas ou encore en Belgique». Certains discours, diffusés sur la toile, laissent en effet entendre que la propagation du Covid-19 serait directement liée au déploiement de la 5G. Mais n’y aurait-il pas de raisons plus terre à terre pour expliquer ces incendies ?

SUR LE TERRAIN DE JEU DES ENFANTS

Petit voyage dans le temps et l’espace : nous voilà deux jours plus tôt, soit le 16 mai, à Treffiagat, dans le Finistère. Ce jour-là, un collectif d’habitant·es exprime son opposition à l’implantation d’une antenne, de façon parfaitement pacifique. Ils ont pour cela déversé plusieurs remorques de terre sur le site destiné à l’accueillir, et ont amené diverses plantes pour montrer qu’il y avait ici des choses plus réjouissantes à planter qu’une antenne-relais…

«Le premier reproche que l’on peut faire à l’opérateur Orange, c’est le manque d’information, explique Virginie Hervieux, membre du collectif. Ils ont fait le strict minimum : une information en mairie et un tout petit affichage sur site.» C’est donc en tombant sur la dalle de béton coulée en vue de l’installation qu’ils ont découvert le pot aux roses. Or, l’endroit leur semble très mal choisi.

«Les premières habitations se situent à moins de 150 mètres, et c’est sur le terrain de jeu des enfants, là où se trouvent les terrains de basket, de foot, de badminton…», rapporte Virginie Hervieux. Les riverains sont d’autant plus inquiets qu’ils savent que le pylône, d’abord destiné aux réseaux 3 et 4G, pourra par la suite accueillir les antennes de la 5G. Le bail passé avec la municipalité stipule en effet que l’opérateur pourra procéder à toutes les modifications de puissance qui lui sembleront nécessaires.

Les opposant·es ne sont pas pour l’installation de nouveaux émetteurs 3 et 4G – ils captent déjà suffisamment bien le réseau mobile – mais encore moins pour la 5G, pour des raisons qui vont d’ailleurs au-delà du seul risque sanitaire.

UN PYLÔNE MONTÉ EN UNE SEULE JOURNÉE

Nathalie Carrot-Tanneau, élue depuis quelques jours maire de Treffiagat, partage l’avis de ses concitoyen·nes. Elle aussi pense que le site a été particulièrement mal choisi par Orange et la précédente équipe municipale. Elle décroche donc son téléphone pour joindre l’opérateur et lui proposer d’autres emplacements, plus éloignés des habitations et du terrain de jeu des enfants. «Ils ont immédiatement refusé, ce n’était pas négociable», s’étonne l’élue.

À peine avait-elle raccroché qu’une grue était envoyée sur le site en question. Le lendemain matin, les travaux ont débuté dès 6 heures du matin et se sont poursuivis jusqu’à 23 heures ! Le pylône a ainsi été monté en une journée, un temps record pour une opération qui prend habituellement plusieurs jours ! «C’est quand même particulier…», euphémise Nathalie Carrot-Tanneau.

Pour Virginie Hervieux, l’opérateur, voyant l’opposition grandir, a préféré prendre tout le monde de vitesse. Comment, sinon, expliquer cet empressement, alors que les antennes ne seront de toute façon pas mises en service avant plusieurs mois ? Les dossiers de ce type se multiplient en Bretagne, mais aussi sur l’ensemble du territoire.

Pour rappel, les dernières petites contraintes juridiques qui ont subsisté à la loi Élan (1) de 2018 – qui avait déjà laissé le champ presque totalement libre aux opérateurs – ont sauté au nom de l’état d’urgence sanitaire déclaré au début de l’épidémie de Covid-19. «D’abord ne pas être informé, puis n’avoir aucun moyen d’agir, ne pas avoir son mot à dire… C’est sûr, ça fait monter la colère, analyse Virginie Hervieux. Nous, nous sommes un collectif, on est sur du juridique, on se lance dans des procédures, etc. Mais d’autres vont réagir différemment, plus directement. On nous impose des choses dans un déni démocratique absolu, il ne faut pas s’étonner, ensuite, qu’il y ait de la désobéissance civile.»

Nicolas Bérard

1 – Loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique.

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