Pour communiquer, les objets connectés utilisent les mêmes bandes de fréquences que les fours micro-ondes. Et comme il s’en annonce des milliards, il serait temps de songer à leur dangerosité.

Le 31 mai à l’Assemblée nationale, l’Opecst (office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques) organisait une audition sur le thème de l’hypersensibilité électromagnétique. Il s’y est dit plein de choses intéressantes sur lesquelles nous reviendrons dans les mois à venir. Mais pour que chacun puisse partir en vacances avec les idées au clair, nous avons choisi de revenir sur la très pédagogique intervention de Suat Topsu, professeur de physique atomique à l’université Paris-Saclay. Ainsi, il a d’abord tenu à dissiper toute confusion entre les termes de puissance et d’énergie. « L’énergie, c’est la puissance intégrée sur un temps. Donc, quand vous avez une puissance faible mais un temps d’exposition long, vous avez une certaine quantité d’énergie qui est emmagasinée. Quand vous avez une puissance élevée et un temps court, vous avez la même quantité d’énergie. […] Vous pouvez vous brûler au troisième degré avec une simple bougie en [mettant votre main au dessus] quelques secondes. Mais vous pouvez vous brûler au troisième degré avec un radiateur à 25 °C en laissant votre main dessus toute la nuit. Pourquoi ? Parce que la quantité d’énergie absorbée, dans les deux cas, est la même. »

Nos enfants seront les cobayes

Selon ce professeur, la question n’est pas de savoir si les ondes radio sont dangereuses : « il suffit de regarder le micro-ondes, qui chauffe nos plats, c’est du 2,4 Ghz. Et nous, on est composés à 70 % d’eau. Donc la question n’est pas de savoir si les ondes radio sont dangereuses – elles le sont –, mais quel est le seuil auquel on peut exposer les gens. » Bien que les cas d’électro-hypersensibilité se multiplient, les adultes d’aujourd’hui ne constitueraient encore qu’une population de transition, puisqu’ils sont nés avant l’avènement du téléphone portable. Et, surtout, avant le déploiement de l’internet des objets, qui constitue « la préoccupation majeure » de Suat Topsu. La planète pourrait compter 60 à 80 milliards d’objets connectés d’ici moins de dix ans. Comment fonctionnent ces objets ? Avec du 2,4 Ghz (puis grâce au réseau téléphonique, qui compte sur la 5G pour s’occuper de tout ça…). De quoi changer votre appartement en un grand four micro-ondes. « Quand vous avez un téléphone portable que vous utilisez pendant 5 heures dans la journée [ce qu’on vous déconseille déjà fortement de faire !, Ndlr], vous avez une énergie emmagasinée qui est la puissance du téléphone multipliée par 5 heures. Mais quand vous êtes sur un marché de l’internet des objets, avec des objets connectés partout, votre temps d’exposition explose, et donc l’énergie emmagasinée par votre corps aussi. » Conclusion de Suat Topsu : « la génération cobaye, malheureusement, ce ne sera pas nous, ce sera la génération de nos enfants ou petits-enfants ». Conclusion de L’âge de faire : les générations futures devront déjà s’adapter au changement climatique, alors si on pouvait leur foutre la paix avec les ondes radio des objets connectés, ce serait vraiment la moindre des politesses…

NB

Cette chronique a été initialement publiée dans le numéro de juillet 2018
du mensuel indépendant L’âge de faire