Enedis tente de séduire ses usagers équipés du Linky afin qu’ils aillent enfin observer leur fichue courbe de charge, dont ils se foutent éperdument. Prête à tout, l’entreprise s’engage désormais à planter un arbre à chaque fois que vingt usagers auront ouvert un compte personnel !

Avec son Linky, Enedis nous fait parfois penser à un baigneur piégé par les vagues, se débattant pour garder la tête hors de l’eau. Dernier petit mouvement de brasse en date : associer le déploiement de son compteur à… des plantations d’arbres ! Il faut croire que les précédentes opérations de greenwashing n’avaient pas suffit…

Le 28 mars 2018, la société Reforest-Action a signalé par communiqué de presse qu’elle lançait avec Enedis « un partenariat en faveur du reboisement des forêts touchées par des aléas naturels ». Reforest’Action ? Sur internet, on peut trouver une interview du président fondateur de la boîte, Stéphane Hallaire. Première inquiétude : elle a été réalisée à l’occasion du « Happy Business Lunch », organisé par les « Entrepreneurs d’avenir » et sponsorisé par Générali, géant mondial de l’assurance… Ça respire l’écologie branchouille ! Quant à liste des partenaires de l’entreprise, elle n’a rien de rassurant non plus :

Les partenaires de Reforest Action

Enedis, gentil forestier ?

« Quand on est sollicité par une entreprise, on se pose la question de savoir si on est d’accord ou pas pour établir un partenariat avec elle, nous a expliqué Stéphane Hallaire, contacté par téléphone. On refuse certains partenariats, dès lors qu’on estime que l’entreprise n’est pas dans une démarche de réduction de son empreinte écologique. » Le lecteur est ici totalement libre d’aller re-jeter un œil sur les partenaires de l’entreprise, et de se forger lui-même un avis sur la question…
On ne pouvait néanmoins s’y résoudre : des gens qui travaillent à la plantation d’arbres et à la restauration de forêts ne peuvent pas être foncièrement mauvais ! Laissons alors Stéphane Hallaire avancer un autre argument : « Enédis est un acteur du territoire. Ils interviennent sur les réseaux notamment pour faire des réparations suite aux tempêtes. Ils ont donc trouvé qu’il y avait une réelle cohérence à associer leurs interventions techniques à la restauration d’espaces forestiers touchés par ces mêmes tempêtes. »
Là où le bât blesse, pour le gestionnaire du réseau, c’est qu’il ne s’est pas contenté de faire un chèque pour restaurer des forêts : il a fallu qu’il associe son action à l’opération Linky. Ainsi, à travers ce partenariat, Enédis s’engage à financer la plantation d’un arbre… à chaque fois que vingt usagers auront ouvert un compte personnel ! Enedis tente ainsi d’inciter les usagers à utiliser enfin son gadget.

Linky : gabegie d’énergie

Il faut dire que l’échafaudage du plan marketing visant à faire de Linky un outil indispensable à la transition énergétique repose sur la consultation individualisée, via les comptes personnels, de la courbe de charge. « Grâce aux compteurs Linky, chacun peut donc consulter sa consommation quotidienne d’électricité. Cet espace personnel constitue un outil d’information et d’aide à la maîtrise de la demande d’énergie des clients », rabâche le gestionnaire du réseau.

Mais les usagers ne s’y trompent pas : s’ils veulent faire des économies d’énergie, ils savent bien que ce n’est pas en allant consulter leur courbe de charge qu’ils y parviendront. Et d’ailleurs, tout le monde se fout de sa courbe comme de son premier caleçon à fleurs. Ainsi, dans son rapport annuel, particulièrement sévère sur l’opération Linky, la Cour des comptes a noté que seuls 1,5 % des ménages équipés d’un Linky avaient ouvert un compte personnel. Et encore : ceux qui sont allés ouvrir leur compte par curiosité vont-ils, ensuite, consulter leur courbe de charge régulièrement ? On peut en douter…

Ajoutons que, selon une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le dispositif Linky complet, avec ses concentrateurs et data centers, consommerait 0,5 Twh pour son propre fonctionnement, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 120 000 habitations (1) ! Il va falloir en planter, des arbres, pour cacher cette gabegie d’énergie !

Nicolas Bérard

1- Selon la Commission de régulation de l’énergie, un site résidentiel en France consomme en moyenne 4 272 kWh par an

L’illustration de cette page est de MAN ainsi qu’une large partie des dessins de ce site 😉 : https://www.facebook.com/Man-dessin-de-presse-caricatures