Électro-hypersensible (EHS), Christine s’est battue pour continuer à habiter dans son HLM, obtenant une victoire judiciaire inédite. Mais après des années d’isolement et de survie dans sa voiture, entrecoupés de courts moments dans son appartement, elle n’en peut plus.

Lancer des appels au secours. Ça fait des années que Christine ne fait plus que ça, ou presque. L’épaisse enveloppe qu’elle nous a envoyée, remplie de copies de certificats médicaux et de sa correspondance avec les institutions, en est un. Tout comme ses coups de téléphone, lors desquels elle nous a expliqué qu’elle ne voyait pas comment continuer à vivre dans ces conditions : « Je suis au bout du bout. » Le 15 avril, elle a démarré une grève de la faim (1). Sa revendication : qu’on lui trouve un lieu où vivre sans être atteinte par les ondes électromagnétiques.

La vie de Christine a commencé à se détraquer au début de l’année 2012, « de manière soudaine et brutale ». Violents maux de tête, acouphènes, pertes d’équilibre, douleurs aux yeux et brûlures sous la peau des doigts… Ces symptômes, courants chez les personnes électro-hypersensibles (EHS), se sont accompagnés d’une « dégradation phénoménale de mon état de santé », ajoute cette femme de 56 ans, qui s’est mise à souffrir de malaises cardiaques, d’intolérances alimentaires, de sensibilité aux produits chimiques, et a vu son système immunitaire s’affaiblir. Au début, Christine n’avait pas la moindre idée de ce qui lui arrivait. « J’ai commencé à faire le lien quand je suis partie dans les Cévennes. Au bout de 24 heures, je n’avais plus de symptômes. Mais je n’ai pas trop osé en parler. C’est en entendant un débat sur l’EHS sur France Culture, en 2014, que j’ai compris. »

L’Opac 38 condamné à faire retirer le compteur d’eau

Après avoir découvert que l’Opac 38 avait fait installer dans les toilettes de son appartement HLM un compteur d’eau à radiofréquence, elle est obligée de poursuivre en justice le bailleur social pour qu’il s’occupe du retrait de l’appareil. En 2016, elle obtient gain de cause auprès du tribunal de Grenoble, qui précise que « ne devront pas être installés de compteur Linky, ni de compteurs avec utilisation du CPL (courant porteur en ligne) ». C’est la première fois que la justice reconnaît à la fois les atteintes à la santé provoquées par les compteurs communicants, et la responsabilité du bailleur social dans l’installation de ces compteurs.

Mais l’enlèvement du compteur – qui ne sera fait qu’au bout de six mois – n’a pas mis fin aux difficultés de Christine. De plus en plus malade, elle finit par vivre dans sa voiture, « en survie, même l’hiver », à la recherche de lieux éloignés des ondes wifi, des téléphones portables… Elle ne retourne dans son appartement que pour se laver, relever son courrier, téléphoner, ou lorsque le froid devient trop insupportable.

L’attribution d’une « Prestation de compensation du handicap » permet d’isoler des ondes la chambre et la cuisine de Christine. Mais là encore, l’Opac 38 met des mois à donner son accord. Lorsqu’enfin les travaux sont effectués, son état de santé s’est encore dégradé et les aménagements ne sont pas suffisants pour lui permettre de réintégrer son logement. Après avoir acheté un appareil testeur du courant porteur en ligne, elle constate par ailleurs que du CPL est présent dans les câbles électriques non blindés de l’immeuble (2), générant d’importants rayonnements électromagnétiques.

Au fil des mois, Christine a régulièrement fait constater son état de santé physique et psychologique, ainsi que son isolement social, par des médecins. Le 8 juin 2017, une généraliste écrivait : « Il faut stopper au maximum tous les appareils induisant des champs électriques et magnétiques (wifi, mobiles, ordinateurs) lors de sa présence dans les locaux où elle se présente. » Le 9 février 2018, un psychiatre certifiait que ses « symptômes invalidants nécessitent des consultations spécialisées (endocrinologie, neurologie, ophtalmologie…) qui, vu son niveau élevé d’électro-hypersensibilité, rend l’accès à l’hôpital ou aux cabinets médicaux insurmontables, sauf à exacerber ses symptômes. Elle recherche désespérément des lieux de consultation dégagés d’un maximum de pollution électromagnétique. » En vain.

« Un médecin du Samu m’a dit que c’était de ma responsabilité si je n’avais pas de suivi médical », raconte-t-elle. Après avoir résilié le bail de son appartement, Christine se retrouve sans logement. Son cas est révélateur de l’extrême difficulté de vivre, pour les personnes EHS, dès lors qu’elles ne peuvent pas s’appuyer sur des proches pour leurs démarches, la recherche d’un lieu, et l’argumentation auprès des institutions. Si vous avez un lieu à lui proposer, contactez le journal L’âge de faire. Nous transmettrons.

Lisa Giachino

1 – Dont elle a averti la MDPH (Maison départementale du handicap), le centre médico-social de son lieu de vie, en Isère, et l’association Robin des toits, qui lutte contre les risques liés aux ondes électromagnétiques.

2 – Une habitation, même si elle n’est pas elle-même équipée d’un Linky, sera traversée par du CPL dès lors que les logements voisins en sont dotés.

Cet article est extrait du numéro de mai 2018 du mensuel L’âge de faire.