Ni les autorités ni les opérateurs ne sont encore en mesure d’assurer le public de l’innocuité des ondes électromagnétiques. Mais il est hors de question de déstabiliser un si juteux commerce.

Voilà que les opérateurs de téléphonie eux-mêmes commencent à s’inquiéter des effets que pourraient avoir les ondes électromagnétiques sur la santé humaine… Et cela pour une simple raison : ce serait évidemment très, très mauvais pour leurs affaires. British Telecom, l’équivalent de France Telecom (pardon, Orange !) outre-Manche, a ainsi préféré prévenir ses actionnaires dans son rapport annuel de 2017, comme l’a noté un article du Mirror relevé par l’association Robin des toits : « Nous ne pouvons fournir l’assurance absolue que la recherche dans le futur n’établisse pas de liens entre les émissions de radiofréquences et les risques sanitaires ». Autre mastodonte de la téléphonie, Nokia, qui explique pour sa part : « Certains résultats de recherche ont indiqué que les ondes électromagnétiques émises par les téléphones portables et les stations de base peuvent avoir des effets néfastes sur la santé, comme l’augmentation du risque de cancer ». Ce qui lui pose évidemment problème, car « les inquiétudes sur les effets néfastes sur la santé pourraient rendre difficile l’acquisition et la fidélisation des clients. » Les choses sont donc claires : il existe bien un risque sanitaire, mais l’objectif reste toujours de vendre des portables à un maximum de gens.

250 modèles potentiellement dangereux

Remarquez qu’en terme de cynisme, les pouvoirs publics rivalisent vaillamment avec les opérateurs privés. Exemple. Vous souvenez-vous de l’histoire du « Phonegate » ? À l’instar du « Dieselgate » sur les mesures d’émissions polluantes des voitures, le Phonegate avait révélé que les mesures effectuées pour vérifier le DAS (débit d’absorption spécifique, qui correspond au degré d’émission d’ondes) des téléphones portables étaient complètement faussées. Le protocole était en effet inadapté : la mesure pouvait se faire avec une distance de 2 cm entre le combiné et le corps, alors que, dans les faits, la majorité des gens collent leur portable à l’oreille pour téléphoner et le transportent dans leur poche de pantalon. En 2016, la législation européenne a évolué pour limiter cette distance et, depuis, cinq téléphones mis sur le marché ont déjà été identifiés comme étant au-dessus des normes. Deux ont été rappelés par les constructeurs et, pour les trois autres, un logiciel a dû être installé pour limiter la puissance d’émission.
Quid des téléphones dont le DAS a été mesuré avant le changement de réglementa-tion ? C’est à dire des téléphones qui, aujourd’hui, n’obtiendraient plus leur agrément, mais qui respectaient les normes (faussées) en vigueur au moment de leur mise sur le marché ? Et bien, ils restent autorisés. L’association Alerte Phonegate réclame donc le retrait de 250 modèles de portables, testés entre 2012 et 2017 par l’ANFR (Agence nationale des fréquences), et dont on sait qu’en conditions réelles d’utilisation, ils dépassent le DAS réglementaire – et sont donc potentiellement dangereux pour la santé..
NB
Cette chronique a été initialement publiée dans le numéro de juillet 2018
du mensuel indépendant L’âge de faire .