ondes électromagnétiques

ÇA GRILLE PLUS QUE PROMIS…

Aux États-Unis comme en Europe, de très nombreux téléphones portables sont mis sur le marché alors qu’ils émettent des ondes qui dépassent les valeurs réglementaires.

Le Chicago Tribune a mené l’enquête. Alerté sur l’affaire du «Phonegate», ce grand quotidien états-unien a fait réaliser à son compte, par un laboratoire indépendant, des mesures de DAS (débit d’absorption spécifique, en fonction des ondes émises) de onze téléphones parmi les plus vendus sur le marché. Bien que le système de mesures ne soit pas exactement le même outre-Atlantique, l’un des principaux problèmes est le même que chez nous : les mesures réglementaires s’effectuent à 10 voire 15 mm de la peau alors que, dans les faits, les usager·es ont plutôt tendance à coller leurs portables à l’oreille et à le garder dans leurs poches, soit à moins de 2 mm du corps.

Le but du Chicago Tribune était donc d’obtenir des mesures reflétant les conditions réelles d’utilisation. Résultat : la moitié des mobiles testés dépassent les valeurs de DAS réglementaires, censées nous protéger des effets sanitaires. Et pas qu’un peu : le célèbre Iphone d’Apple (c’est la version 7 qui a été testée), par exemple, affiche un DAS grimpant jusqu’à 2,81 W/kg, quand la limite est fixée à 1,6 W/kg. Mais la palme revient au Galaxy S8 de la marque Samsung, qui culmine à 8,22 W/kg, soit plus de 5 fois la norme !

Faire confiance aux constructeurs ?!

Il semble donc qu’aux États-Unis comme en Europe, les constructeurs jouent avec les protocoles de mesures pour faire homologuer leurs produits. En France, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) a modifié ses techniques de mesures pour, justement, mieux refléter la réalité. Depuis, ce sont pas moins de 280 modèles de portables qui ont affiché des DAS supérieurs aux normes !

Coup de bol pour les opérateurs (mais certainement pas pour leurs client·es) : comme ils avaient obtenu l’homologation pour 260 d’entre-eux avant la modification des protocoles de mesure, ils ont gardé leurs autorisations de commercialisation, en dépit de leurs DAS trop élevés ! Dix-sept, en revanche, testés après le changement de réglementation, ont fait l’objet de procédures. Les constructeurs ont ainsi dû effectuer des mises à jour de logiciels afin de faire baisser à distance le DAS de leurs appareils. Deux modèles (le Leagoo S8 et le Allview X4 Soul Mini S) ont carrément été retirés du marché.

En 2018, Orange avait pour sa part pris l’initiative de rappeler l’un de ses téléphones (le Hapi 30). Tiendrait-on le bon bout ? Rien n’est moins sûr, pour Marc Arazi, le président de l’association Alerte Phonegate, qui regrette que «l’ANFR n’a publié qu’un seul rapport de tests pour 2019…» Si on ne compte que sur la bonne volonté des constructeurs pour protéger notre santé, c’est pas gagné !

Nicolas Bérard

Cet article est directement extrait du n° 144 du journal L’âge de faire. Monté en Scop (société coopérative), ce mensuel appartient à ses seul·e·s sept salarié·e·s (pas de Xavier Niel ni de Matthieu Pigasse parmi eux…), refuse la publicité et n’est affilié à aucun parti politique ou autres organisations. C’est cette indépendance qui lui permet de traiter aussi librement le sujet de l’électrohypersensibilité que celui des OGM ou du nucléaire. Pour permettre à cette presse libre et indépendante d’exister,

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