5G ondes électromagnétiques

À SAIL, L’ABSOLUTISME TECHNOLOGIQUE AU GRAND JOUR

Comme ils ont décidé de faire disparaître les zones blanches, opérateurs et gouvernement ne veulent rien entendre : vous ne voulez pas d’antenne ? Vous l’aurez quand même. Des citoyen·nes résistent malgré tout, comme ici, à Sail-sous-Couzan.

C’est une histoire tristement représentative de ce qu’il se produit autour de la 5G et de l’absolutisme technologique. Elle se passe dans un hameau de quinze habitations du village de Sail-sous-Couzan, vers Montbrison (42). La zone est presque blanche, et des personnes électrohypersensibles y ont trouvé refuge. C’est le cas de Virginie, 45 ans, et Marie Jeanne, 75 ans, qui ont pu poser leurs valises ici après une longue période d’errance.

Hélas, un opérateur juge indispensable d’y installer une antenne – précisément parce qu’il n’y a pas assez d’ondes électromagnétiques pour faire fonctionner les smartphones. Les smartphones de qui ? La majorité des habitant·es du hameau, qui ont déjà accès au haut débit via le réseau filaire, se passent très bien d’antenne.

Mais il y a une petite route départementale qui passe par là. Celles et ceux qui l’empruntent pourraient avoir une coupure de connexion en roulant dans la zone. «Je veux en finir avec le “je ne capte pas, je te rappelle!” C’est ce qu’on subit trop souvent sur le territoire», avait tonné Julien de Normandie, alors secrétaire d’État à la cohésion des territoires, en janvier 2018. Il venait de signer le «New deal mobile» avec les opérateurs pour les inciter à implanter des antennes partout, contre un douillet cadeau d’environ 3 milliards d’euros. Deux ans plus tard, Bouygues met en avant cet accord pour justifier sa volonté d’installer une antenne relais à Sail-sous-Couzan.

LE MONDE RÉEL

Comme souvent, l’opérateur a choisi le lieu d’implantation avec ses pieds, chaussés de gros sabots. Ici, c’est devant le château du village, daté du XIe siècle, classé monument historique, que Bouygues aurait voulu dresser son grand mât. Car pour les boîtes de téléphonie, les paysages, le patrimoine, le monde réel, tout ça n’a aucune valeur. Une asso de défense du patrimoine a quand même réussi à lui faire comprendre qu’il valait mieux trouver un autre site.

Bouygues en a trouvé un, au sommet d’une colline. Problème : si elle est installée ici, l’antenne va arroser copieusement l’habitation-refuge de Virginie et Marie Jeanne. Alertées, ces dernières remuent ciel et terre, avec l’association Ly’ondes et le collectif Sail-sous-Couzan Environnement, pour empêcher la construction. Elles décrochent des réunions en préfecture, font signer une pétition par plus de 500 personnes, retardent le lancement des travaux. Devront-elles fuir de nouveau ?

Nicolas Bérard

Celles et ceux qui habitent dans le coin et veulent aider ou en savoir plus sur le cas de Virginie et Marie Jeanne peuvent se rendre au marché de Montbrison le 20 février. L’asso Ly’ondes et le collectif Sail sous Couzan environnement y seront.
>>> DERNIERE MINUTE : compte tenu des dernières mesures liées au Covid-19, les associations ne sont pas certaines de pouvoir être présentes sur le marché de Montbrison. Vous pouvez en revanche vous rapprocher directement du collectif en lui écrivant : santesailenvironnement@gmail.com .

Cet article est extrait du dernier numéro du mensuel L’âge de faire.
Pour soutenir notre travail ?
Abonnez-vous !