5G smart city

5G : LE GAULOIS RÉFRACTAIRE EST À L’ÉLYSÉE

Préambule : nous n’avons rien contre les Amish·es, cette communauté religieuse qui préfère vivre à l’écart des innovations technologiques. Mais comme, dans la bouche du président Macron, le terme devient apparemment une insulte, nous nous sommes tout de même livrés à une petite analyse. Venons-en aux faits.

[ÉDITO] «La France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation. Et j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile… Je ne crois pas au modèle amish !»

C’était le 14 septembre, sous les dorures de l’Élysée, d’ailleurs fraîchement refaites (15 000 feuilles d’or ont été utilisées cet été pour restaurer le «salon doré», avec un coût de 930 000 euros). Emmanuel Macron s’adressait à une centaine d’entrepreneur·euses de la «French Tech», qui, à ces douces paroles, se mirent à applaudir leur champion.

Mais qu’y avait-il donc à applaudir? Celui dont l’entourage vente la «pensée complexe» venait pourtant de montrer une vision de l’avenir totalement binaire : le développement de la 5G ou le retour à la lampe à huile. Une réactualisation du débat posé en son temps sur «le nucléaire ou la bougie». Une version 2.0, devant des startupeurs, du discours que Nicolas Sarkozy a tenu devant des agriculteurs de la FNSEA pour leur signaler que «l’écologie, ça commence à bien faire».

Les élections municipales ayant convaincu les Marcheurs qu’il était urgent de taper sur l’écologie, Macron se livrait ici à une basse manœuvre consistant à caricaturer ses opposant·es, voire à les insulter. En les assimilant à des Amishs, Macron veut les faire passer pour des «ennemis du progrès» (formule qui, au demeurant, ne veut à peu près rien dire…). Cette fois, il a utilisé le terme d’Amish. Il aurait pu utiliser une autre de ses expressions favorites : celle de «Gaulois réfractaires au changement».

5G, LE FRUIT D’UN CAPITALISME FOU

Au-delà des calculs politiciens, ces paroles révèlent surtout l’incapacité de l’ex-banquier d’affaires à imaginer d’autres formes de «progrès». Enlevez-lui la 5G, et le voilà totalement démuni, stoppé dans son élan, à poil : il n’a rien d’autre à proposer. Sans doute ne conçoit-il même pas qu’on puisse raisonnablement s’opposer à un projet qui lui semble avoir toutes les qualités requises : de l’innovation technologique, mise en œuvre par de grands groupes industriels, investissant des milliards pour nous rendre plus «compétitifs», accélérer notre création de «richesses», booster la «croissance» (du PIB), et patati, et patata.

Rien de nouveau sous le soleil, donc : la 5G n’est que l’actualisation de ce vieux capitalisme à la papa, qui planche déjà sur la 6G, en attendant la 7G et la 8G.
Ce capitalisme fou, ce monstre jamais rassasié d’énergie ni de ressources naturelles, est précisément celui dont il faut sortir de toute urgence pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Cet impératif, Emmanuel Macron refuse de le voir, ne le comprend pas, ou en a peur. Toujours est-il qu’il préfère regarder ailleurs.

LE CHANGEMENT SERAIT DE RENONCER À LA 5G…

Ainsi, lors de son petit raout avec les entrepreneurs de la tech, il a parlé d’«hypercroissance» (de pire en pire!), du besoin «d’accélérer», de «gagner en vitesse», «d’aller beaucoup plus loin et beaucoup plus fort», de passer de 13 à 25 licornes (entreprises du numérique valorisées à plus d’un milliard de dollars) et s’est fixé comme défi d’avoir d’ici 2025 «5 boîtes à 50 milliards».

Business as usual, il était comme un poisson dans l’eau. S’il y a bien un Gaulois réfractaire dans ce pays, il se trouve donc à l’Élysée. À l’inverse, le fait même de s’opposer à la 5G est aussi une façon de réclamer un changement, un vrai, replaçant le vivant et l’environnement au cœur des préoccupations.

Nicolas Bérard

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