Pour faire accepter son programme, Enedis-ErDF jure que vous réaliserez des économies grâce au compteur. N’y comptez pas ! Votre facture devrait plutôt augmenter . Quant aux profits, ils iront directement sur le compte de l’électricien.

C’est déjà ça, Enedis-ErDF est formel, ce compteur ne vous coûtera rien : l’appareil et sa pose seront pour vous totalement gratuits. Bon, en fait, le terme « gratuit » n’est pas vraiment approprié. Vous paierez cet équipement à travers le Turpe (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) qui s’ajoute, chaque mois, à votre facture d’électricité. Voilà pourquoi, plutôt que « gratuit », le gestionnaire du réseau utilise parfois le terme « indolore » : il ne vous prendra pas plus de pognon qu’avant, il va juste le dépenser différemment. Et il espère que, dans un second temps, les sommes qu’il aura engagées seront compensées par … les économies réalisées.

Car Enedis-ErDF vous jure que ce compteur vous fera faire des économies d’énergie, ce qui est faux. Et que votre facture d’électricité baissera grâce à ce compteur, ce qui est également une escroquerie (1). En revanche, des économies, le gestionnaire du réseau, lui, entend bien en faire. Il parle de « pertes non techniques » (il pourra par exemple couper plus rapidement l’électricité dans un appartement vacant, ou repérer les fraudeurs) et, aussi, de toute une série de prestations qui vont désormais pouvoir s’effectuer à distance alors qu’elles nécessitaient jusque-là l’envoi d’un technicien sur le terrain. Sachez au passage que ce Turpe ne devrait pas baisser : le président de la boîte a insisté, début 2016, devant les parlementaires présents « pour que ce message puisse être relayé : nous avons besoin de stabilité et d’un [Turpe] qui soit incitatif à poursuivre les investissements ». Comprendre : ne pas baisser ce tarif, et plutôt songer à l’augmenter durablement.

L’éventuelle amélioration de la rentabilité de l’entreprise ne vous fera donc pas faire des économies. On s’aperçoit vite, en fait, que le seul gagnant de cette opération, c’est Enedis-ErDF himself. En réalisant ses opérations à distance, la boîte va pouvoir se délester d’un horrible fardeau qui pèse sur ses comptes de résultats : la main d’oeuvre. Par ailleurs, l’entreprise ne cache pas que son ultime fantasme est d’exporter sa camelote un peu partout en Europe et dans le monde, après l’avoir testée en France. Rappelons en effet l’existence de cette directive européenne qui incite (mais n’oblige pas) les pays membres à s’équiper de compteurs communicants… Un gigantesque marché sur lequel Enedis-ErDF entend se positionner et remporter la timbale.

1- Voir dans « Sexy, Linky ? »  le chapitre intitulé : « Au bon cœur du consommateur »